Chronique | Blanche-Neige : Disney continue de recycler son catalogue avec plus ou moins de réussite
Depuis la fin du siècle dernier, les studios Disney s’adonnent avec plus ou moins de succès à un recyclage régulier du catalogue originel de la compagnie. Depuis 2014, il en sort au moins un par an et cette nouvelle version de Blanche-Neige vient succéder à Mufasa, La Petite Sirène et autres Pinocchio. Le film a été réalisé par Marc Webb, qui s’est illustré jusque-là du côté des productions Marvel. Quant aux premiers rôles, ceux de Blanche-Neige et de la marâtre, ils ont été confiés respectivement à Rachel Zegler et Gal Gadot. Le défi était de taille, tant la version originale de Blanche-Neige (1937) occupe une place à part dans l’histoire de la compagnie, puisqu’il s’agit du tout premier long-métrage d’animation qu’elle a développé. À l’époque, Walt Disney y a joué quasiment toute sa fortune et devait régulièrement rendre compte de l’avancement du projet aux banques qui avaient bien voulu le suivre, à reculons. En 2025, la nouvelle aventure a été moins rocambolesque, bien que émaillée par diverses polémiques (des changements apportés à l’histoire aux opinions politiques diamétralement opposées des actrices principales). Le résultat est un film moyen qui réussit à ne pas être ennuyeux. Jonathan Andrew Burnap joue le rôle du bandit qui sauve Blanche-Neige (Rachel Zegler) dans le film. Photo : Disney / Giles Keyte Les parents nostalgiques qui amèneront leurs enfants découvrir cette version reconnaîtront quelques-uns des ingrédients originaux. Blanche-Neige parle toujours avec les animaux. On retrouve certaines des chansons du dessin animé, dont la fameuse Heigh-Ho, chantées par les nains sur le chemin du travail. Il y a le miroir magique, que la reine interroge au quotidien. Il y a la pomme qui vient ôter la vie de l’héroïne et il y a l’amour, celui qui exalte et qui donne une l’impression d’être unique à l’âge où on vit ses premiers émois. À cela s’ajoutent des changements importants : nul prince ne viendra, il a été remplacé par un bandit à la tête d’un groupe d’affamés vivant en forêt. Blanche-Neige tire son nom, non plus de sa peau, mais du fait d’être née un soir de floconnade. Globalement, le personnage incarné par Rachel Zegler est montré sous un jour plus fort que la précédente version de l’héroïne. Elle ne fait pas le ménage pour les nains, mais elle les dirige dans cette tâche et elle n’attend pas que quelqu’un la sauve, c’est à elle qu’elle doit son salut. Il y a aussi deux scènes particulièrement effrayantes, l’une où l'héroïne fuit dans la forêt et se fait agripper par les arbres, mais surtout, il y a la transfiguration de la reine en vieille dame qui pourrait perturber les plus jeunes spectateurs. La réalisation parfois maladroite, le scénario émaillé d’incohérences et les choix esthétiques mettent du plomb dans l’aile au film. Les premières images sont pourtant très belles. Alors que le royaume est gouverné par les parents de Blanche-Neige, les habitants et la végétation rendent par leur splendeur la gentillesse reçue du couple royal à leur égard. Alors que la caméra montre les terrasses du palais, on pense à l’esthétique néo-médiévale qu’on a pu voir dans Wicked et qui a valu à ce dernier l’oscar des meilleurs décors. Mais lorsque l’histoire bascule et que le père se remarie avec la marâtre, l’aspect sombre émerge et laisse apparaître ce qui pourrait être un manque de budget si le film n’avait pas coûté 270 millions de dollars américains (selon le site d'information spécialisé Deadline). Tout, des costumes aux décors du château, semble avoir été fait à l’économie. Heureusement que la forêt moussue et printanière, réussie pour le coup, vient nous rappeler les talents de l’équipe du film. Parmi les aspects qui laissent pantois, il faut aussi parler du choix d’avoir conçu les sept nains en images de synthèse. Plusieurs remarques et débats lancés par des acteurs atteints de nanisme, couplés à des essais malheureux de la part des équipes du film, semblent avoir conduit à cette solution imparfaite pour se mettre à l'abri de polémiques. Les nains qui apparaissent à l’écran sont eux-mêmes des réinterprétations des personnages originaux, dont ils reprennent les traits physiques en plus des caractères. Rachel Zegler a confié avoir eu des difficultés sur le tournage dans ses interactions avec les personnages créés par ordinateurs. Photo : Disney Par ailleurs, le scénario nous invite assez rapidement à oublier toute forme de réalisme. Dès les premières scènes où même les villageois les plus pauvres ont des sourires aux dents éclatantes, on a deux options : se dire que la magie est partout, ou bien qu’il ne faut pas s’attendre à une quelconque cohérence pseudo-historique dans ce monde imaginaire où on peut se libérer de ses chaînes en tirant dessus et avoir une relation normale avec une belle-mère qui vous a réduite au servage. L’aventure Blanche-Neige 2025 se résume à quelques jolies images, une ou deux chansons entraînantes et c’est à peu près tout. Contrairement à son prédécesseur, celui-ci ne marquera pas de façon indélébile l’imagination de générations de spectateurs, et encore moins l’histoire du cinéma.
Une princesse sans prince
Un scénario incohérent

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